Un maraîcher urbain, un objectif : « Montrer qu’on peut vivre du maraîchage sur des espaces urbains restreints. L’objectif est de montrer que la ville pourrait être massivement végétalisée sans avoir besoin d’apports financiers extérieurs comme un espace vert. Un espace maraîcher peut être durable économiquement avec le seul travail du maraîcher. J’ai envie de convaincre les promoteurs et les urbains qui veulent se reconvertir que c’est possible. » 

Après une carrière dans le conseil et la communication, Philippe Zerr décide de retourner sur les bancs de l’école pour se reconvertir en maraîcher urbain en 2014.

Philippe, pourquoi le maraîchage ? 🎙

« J’étais dans la com’ et donc dans l’artistique. J’avais envie de trouver un boulot sur lequel je n’avais pas trop de doutes sur l’intérêt des fruits de mon travail. Mon dernier gros projet artistique s’est mal fini et je savais que je voulais faire autre chose. »

« L’idée du maraîchage est venue parce que j’avais envie de cultiver sur les toits, déjà parce que j’avais essayé de cultiver sur mon balcon, comme plein d’urbains et que je galérais avec l’ensoleillement, et je voyais toutes ces toitures plates par ma fenêtre. Cela a un peu piqué ma curiosité. Je me disais, pourquoi ne cultive-t-on pas sur les toits ?

« Et n’ayant pas de réponse qui me satisfaisait, je me suis embrigadé là-dedans et j’ai démarré en 2016 une recherche sur ce secteur et tout s’est ensuite enchaîné avec le projet de Marmite urbaine sur le toit de Groupama « .

Cultiver dans des micro-fermes urbaines

En mai 2017 l’association Marmite urbaine lui confie l’exploitation de l’activité maraîchère du toit du siège social de Groupama dans le cadre d’un projet pilote qui avait pour vocation la démonstration de la viabilité d’une micro-ferme urbaine.

Cet espace lui a permis de développer son expertise et son intérêt pour le secteur. Un an plus tard, c’est sur une micro-parcelle péri-urbaine de 36 m² qu’il se lance le défi de mettre en pratique des techniques innovantes de maraîchage urbain sur les modèles de production bio-intensifs.

Depuis 2020 avec son associé, ils cultivent une parcelle de 600 m² en plein cœur d’une copropriété du quartier des Etats-Unis à Lyon. Ce projet co-porté par le bailleur GrandLyon Habitat et l’entreprise coopérative Place au Terreau et intitulé le 8ème cèdre, défend des valeurs d’inclusion sociale et d’accessibilité physique et économique à des produits frais et de qualité. 

En cours de certification sur ce projet, Philippe nous explique dans ce podcast les rudiments de sa méthode de production en plein cœur de Lyon ainsi que les circuits de distribution de ses produits. En parallèle Philippe anime une commission au sein de la Maison de l’Agriculture Urbaine Lyonnaise pour rencontrer des porteurs de projets en quête d’expérience ou en recherche de foncier. 

Avec le maraîchage, Philippe semble renouer avec ses premières amours que sont la communication et le conseil. Il nous confie « Dans le maraîchage, d’un point de vue artistique, tout est très simple, c’est produire de la nourriture. C’est facile de communiquer et d’échanger sur ce que je fais car cela a du sens pour tout le monde, à la fois tous les âges et toutes les cultures. La nourriture, c’est universel. C’est quelque chose qui fait du bien après une carrière dans l’artistique dans laquelle on est toujours obligés de justifier ce que l’on fait et pourquoi on le fait. »

Les bienfaits de l’agriculture urbaine

La transversalité de son parcours et de ses visions sur les enjeux de l’agriculture urbaine lui permet aujourd’hui d’avoir une expertise de terrain auprès d’acteurs de l’agriculture urbaine et du foncier, publics et privés. En démontrant qu’une alternative viable économiquement et écologiquement est possible, Philippe répond à de nombreuses questions que les fabricants de la ville de demain se posent : quel modèle économique pour l’agriculteur urbain ? Quelles productions ? Quel contrat avec l’exploitant ? Et enfin que faire des sols dégradés ? 

D’un point de vue social et culturel, l’impact du projet de Philippe n’est pas anodin non plus. En s’implantant au cœur de quartiers prioritaires, il sensibilise également aux enjeux de la végétalisation de la ville dans le cadre de vie des citadins. 

D’un point de vue environnemental, le rôle d’un potager urbain en ville est souvent insoupçonné. Et pourtant, pour une métropole comme Lyon, la désartificialisation des parcelles permet la réduction de l’effet d’îlots de chaleur constatés dans plusieurs endroits de la métropole. Cela permet également de lutter contre l’imperméabilisation des sols et favorise la réintroduction de la biodiversité.

Enfin, la micro-ferme des Etats-Unis c’est aussi et surtout une opportunité de consommer ultra-frais et ultra-local à des prix accessibles du champ à l’assiette en plein cœur du quartier prioritaire. 

Vous l’avez écouté, il vous a séduit ?!

Nous, oui ! Et il nous a ouvert l’appétit en nous promettant des mini-fenouils, du mesclun, des choux Pak-Choï, des radis, des courgettes …

A propos : Pour rencontrer Philippe sur son marché et lui acheter des produits issus de sa production allez le voir à son cabanon le mardi soir entre 16h et 18h au 298 avenue Berthelot (au pied des résidences Eugène-André et Cazeneuve), vous y trouverez sans aucun doute votre bonheur ! 

🎙 Écouter le podcast : #5 Philippe Zerr, agriculteur urbain de la micro-ferme des Etats Unis 👨‍🌾