On a tendance à résumer les bienfaits de la nature sur notre santé à ses effets réducteurs de l’anxiété. Mais la nature, panse bien des maux si on en fait le support d’activités thérapeutiques. C’est ce que l’hortithérapie, une discipline née au XIXème siècle, tend à montrer. Elle renvoie aux activités horticoles insérées dans des parcours de soins au travers de la création d’un jardin thérapeutique et l’encadrement par des professionnels formés à cette discipline.

En stimulant nos cinq sens, l’hortithérapie part du principe que le jardinage peut être le support d’une thérapie physique et psychique notamment pour les maladies liées au cerveau comme Alzheimer. (Voir photo du jardin thérapeutique de l’Hôpital Molière-Longchamp à Bruxelles)

Sur le plan physique, l’hortithérapie agit sur la diminution du stress, l’amélioration de la vitalité, de l’endurance et de l’équilibre des patients

D’un point de vue social, introduire l’hortithérapie dans un parcours de soin de patients temporaires ou permanents d’établissements de soins, permet de créer de la cohésion dans un groupe et lutte contre l’exclusion par la maladie.

Une discipline qui peine à trouver sa place en France

Si les bienfaits de ces jardins sont particulièrement reconnus en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Japon, l’appropriation française de l’hortithérapie reste timide.

Et pourtant, par sa simple présence, la nature nous soigne. Depuis les années 1950, des travaux menés auprès de patients bénéficiant d’un accès ou d’une vue sur un jardin en comparaison à ceux qui en sont privés, affichent des résultats édifiants. Plus globalement, un jardin améliore le bien-être et la qualité de vie de tous les usagers (personnel médical, patients, visiteurs) mais aussi leur santé (qualité du sommeil, réduction des médicaments prescrits, appétit,,…).

En France, la présence de la nature dans les établissements de soins reste limitée à une fonction passive, c’est-à-dire, à un jardin improductif et propice à la déambulation et la contemplation. Il y a peu d’initiatives qui tendent à redonner une dimension productive et proactive aux jardins des établissements comme cela a pourtant été le cas jusqu’au XXème siècle dans tous les établissements de soins.

Des jardins pas comme les autres

Si elles restent peu reconnues en France, de plus en plus d’initiatives innovantes parviennent à s’insérer légitimement dans les projets de construction/rénovation d’établissements de soins. En la matière, on peut citer par exemple le « Jardin pour Toit », un jardin thérapeutique de 500 m² réalisé par la startup parisienne @Topager sur le toit du Centre Robert Doisneau (photo à l’appui) dans le 18ème arrondissement de Paris.

Il est nécessaire d’adapter la vocation et la morphologie des jardins thérapeutiques aux différentes pathologies concernées. En effet, dès sa conception, un jardin de soins requiert l’expertise de professionnels de l’aménagement paysager pour adapter les variétés et les supports aux objectifs et contraintes des établissements et des thérapeutes qui le pratiqueront (psychomotriciens, ergothérapeutes, psychologues)

Une hortithérapie en solo chez soi, c’est possible ?

On abordera ici davantage la jardinothérapie, un terme plus adapté à cette discipline appliquée aux particuliers. S’essayer à la jardinothérapie de chez soi, dans son jardin ou sur son balcon/terrasse revient à se créer un espace, un rituel propice pour ralentir, réduire notre anxiété, penser à autre chose et partager un moment en famille. Plus encore, cultiver son propre jardin permettrait, au-delà de l’activité physique qu’il sous-entend, de renforcer notre estime de soi. Un véritable médicament contre nos anxiétés contemporaines donc.

Profitez de cet espace pour y associer vos proches et tenter de leur faire du bien. Troubles de l’hyperactivité chez les enfants, problèmes de mémoire chez les personnes âgées, il ne faut pas hésiter à se renseigner et à utiliser quelques préceptes pour adapter vos cultures et supports aux besoins de votre famille. Prolongez ensuite la thérapie en famille dans la cuisine et octroyez-vous un moment de partage et de détente en cuisinant votre production.

Installez-vous avec un bon livre ou un tapis de yoga au centre de votre jardin et réinventez l’hortithérapie à la maison.

Pour vous initier, voici quelques lectures que l’on vous conseille :

  • Denis Richard, Quand jardiner soigne. Initiation pratique aux jardins thérapeutiques, 2011
  • Anne Ribes, Toucher la Terre – Jardiner avec ceux qui souffrent, 2005

Si vous voulez apprendre quelques préceptes en vous amusant et que vous habitez à Paris, testez les ateliers de l’association @LesSecretsdeLaBellePlante ! 😊

Le petit plus de Ceercle : testez la sylvothérapie !

La « thérapie de forêt » est un principe thérapeutique qui nous vient du Japon où cette pratique est déjà institutionnalisée depuis 1980 sous le nom de « Shinrin-Yoku » (littéralement « Prendre l’atmosphère de la Forêt »), pour inciter les citoyens à faire des promenades en forêt.

Selon les chercheurs de la sylvothérapie, marcher en forêt durant 40 min ferait considérablement diminuer le stress, le rythme cardiaque et la pression artérielle. Plus encore, se balader en forêt renforce le système immunitaire, fait baisser notre taux de glucose (intérêt pour les diabétiques), diminue notre agressivité et les symptômes de la dépression. L’ampleur de cette discipline est telle que depuis 2006, le gouvernement japonais a décrété l’établissement de 62 « routes thérapeutiques » au préalables sélectionnées par des thérapeutes de la sylvothérapie.

Il n’existe pas d’équivalent en France mais d’après une étude, 75% des Français vivent à moins de 30 minutes d’une forêt. On peut ainsi tout simplement se balader seul ou en famille dans une forêt et tout simplement prendre le temps de déambuler, lever la tête, sentir, toucher. On peut également se faire accompagner par un sylvothérapeute qui peut vous initier à la marche des cinq sens en pleine conscience, à des postures de yoga, des respirations et des étirements sylviques.

Bibliographie :